BRUSSELS REFUGEE ALL STARS

Un face wall comme il existe un face book

La venue en 2007 du groupe d’afro-reggae «Sierra Leone’s Refugee All Stars» au Festival Couleur Café a donné l’idée aux membres de l’asbl Hors Jeu de créer le projet «Brussels Refugee All Stars».
Partant du constat qu’il est possible de passer du statut de personne «anonyme» dans un camp de réfugiés à la reconnaissance internationale, il est alors possible de réaliser des rêves moins ambitieux, des rêves à taille humaine tels que nourrir sa famille, vivre et pouvoir penser librement, exister en temps qu’être humain.
Exister nécessite d’être reconnu, de vivre dans la dignité et le respect.
Nous avons eu envie, à l’asbl Hors Jeu, de proposer aux résidents du Petit Château - centre ouvert pour demandeurs d’asile - de s’exprimer au travers de leurs auto-portraits, puis de donner à voir ces peintures en les exposant sur les murs extérieurs du centre ainsi que dans le «Village Solidarity» du Festival Couleur Café à Tour et Taxis.

Peindre son portrait c’est s’approprier sa propre image et non plus se la faire capturer par des autorités encadrantes et administratives qui vous classent par type, origine, contexte politique ou économique etc... (photo d’identité).
Ces auto-portraits, c’est surtout une façon de dire «j’existe, ici et j’existerai partout ailleurs». «Je (me) peins donc je suis».
Nous souhaitions apporter à ces primo-arrivants une possibilité de laisser des traces de leur exil sous forme d’expression créative.

Lors de quatre après-midis ensoleillées, une cinquantaine de portraits ont été peints à l’acrylique par des jeunes et des adultes résidants (hommes et femmes). Nous avons installé l’atelier de peinture dans la cour du Petit Château. Très vite, les résidents se sont approchés des trétaux, curieux de notre projet. Les plus audacieux se sont faits «tirer le portrait» (nous proposions de travailler à partir d’une photo Polaroïd), ont mélangé leurs couleurs et se sont lancés à la découverte de leur visage. Les auto-portraits sont apparus lentement. Des contacts se sont créés entre communautés, des échanges ont eu lieu, des rires et de la bonne humeur également.
Le portrait terminé, chaque participant a ajouté son nom, son âge, sa nationalité et son rêve sur les pourtours de son tableau. Qu’il est difficile de rêver son avenir quand on n’a pas de papiers!

Plus qu’un «travail artistique» ces ateliers ont été des rencontres humaines. Comme nous disait un demandeur d’asile originaire de Guinée que nous remerciions pour sa participation : «Merci à vous, vous nous réconforter». C’est peut-être avant tout ce qui a pu motivé certains à participer au projet, ou plus largement, le fait de pouvoir s’exprimer et de montrer qu’ils existent à part entière et pas seulement en tant que réfugiés, stigmatisés par une étiquette qui, pour beaucoup, leur collera longtemps à la peau, quelle qu’en soit la couleur.
D’autres auront simplement profité d’une activité qui leur a permis, pour un temps, d’oublier leur quotidien. Mais tous sans nul doute ont pris du plaisir à créer quelque chose qui leur appartient avant tout puisqu’il s’agit de leur propre visage.

Afficher les portraits des résidents-réfugiés sur les murs extérieurs du Petit Château, c’est créer un «Face Wall», une sorte de «Face Book» des réfugiés :
Se montrer, s’affirmer, dire «je viens d’un pays en guerre, j’ai vécu des situations difficiles, j’ai choisi l’exil», mais aussi : «je suis une personne qui aime le théâtre, je joue d’un instrument, je voudrais être pilote, je voudrais juste être une bonne mère pour mes enfants. Je suis plein(e) de potentialités. J’ai des rêves et des projets comme tout le monde».
Evidemment la question des papiers est lancinante et occupe une grande place mais en insistant un peu, les espoirs se formulent : rêves d’une maison, d’un travail, d’une vie normale dans un pays en paix.
Rires, échanges, le contact fut aisé malgré l’éventail des langues.
L’exposition de ces auto-portraits sur les murs extérieurs du Petit Château débute le 20 juin (Journée des réfugiés) pour se terminer le 1er juillet 2008.
    
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We are all refugees

Présentation du projet au Festival Couleur Café 2008*

  
Le thème, cette année, du Village Solidarity du Festival Couleur Café est «Clandestino» : Interrogations et réflexions sur les différentes facettes de l’immigration, les réfugiés, les demandeurs d’asile, la régularisation... Différents associations et Ong y présentent leur travail sur ce thème.

Parce que nous sommes peut-être tous des réfugiés potentiels. Parce qu’un jour nous aurons peut-être également notre visage dans cette galerie de portraits, l’asbl Hors Jeu propose aux festivaliers de se faire photographier devant un mur composé de d’auto-portraits peints par les résidents du Petit Château.

Les participants peuvent télécharger, par la suite, leur photo prise au festival sur le site www.exodus-art-projects.be.
Site du projet de l’asbl Hors Jeu.
L’asbl Hors Jeu propose également aux festivaliers une animation peinture- portraits.
Comment se représenter?
D’où venons-nous?
Quels sont nos rêves à nous?
Sont-ils si différents d’un demandeur d’asile?

Plusieurs résidents du Petit Château ayant participé aux ateliers de peinture sont invités au festival pour animer le Village Solidarity.
Certains viennent pour des démonstrations de percussions et pour donner des cours de djembé aux festivaliers. D’autres sont simplement présents et les festivaliers peuvent ainsi faire leur connaissance, discuter, leur poser des questions, essayer de comprendre et peut-être poser un autre regard sur ces personnes pas si différentes dans leur rêve de vie.

*Brussels Refugee All Stars est un des «Solidarity Projects» 2008 soutenus par le Festival Couleur Café.
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L’accueil des demandeurs d’asile au Petit Château

Déstigmatiser, démystifier le réfugié en général et les centres comme le Petit Château en particulier, tel est le rôle du service communication extérieure de notre centre. C’est pourquoi lorsque le projet nous a été présenté, nous avons tout de suite répondu positivement, sachant l’impact médiatique et culturel que pouvait avoir une telle initiative. Le centre d’accueil Petit Château a aujourd’hui une capacité de plus de 700 places. Il fait souvent office de centre « modèle » ou pilote pour plusieurs raisons. Il est tout d’abord le plus ancien, le plus grand et le plus connu, c’est même devenu un « lieu- dit » pour certains.

C’est aussi au Petit-Château que certains projets tel que le CADE (Centre for ADolescents in Exile), aile spécialisée pour l’accueil des mineurs, ont vu le jour.
Nous accueillons tous les types de situation familiale. Hommes isolés et familles sont majoritaires mais une structure adaptée pour femmes isolées et pour mineurs existent également.


Plus de 130 membres du personnel assurent le suivi social de ces résidents. Certains ont plus de contacts directs avec les résidents concernant leur procédure ou leur vécu quotidien dans le centre mais tous contribuent à la qualité de vie dans un endroit qui n’est pas réellement conçu pour un séjour à long terme mais qui, par la force des choses, devient le seul foyer de ces résidents en attente d’une décision qu’ils espèrent tous positive. Dans ces conditions d’attente, il est parfois difficile de motiver les résidents à participer à des projets ambitieux. On peut les comprendre : qui aimerait s’amuser et faire des projets à long ou moyen terme lorsque demain peut-être une décision négative risque d’anéantir leurs espoirs d’une vie nouvelle? Or, par l’activité simple et rapide d’exécution que nous a proposée l’asbl Hors Jeu, nous avons pu voir le sourire renaître chez les plus taciturnes.
    
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